Daniela Da Fonseca Gomes Nazaré fait partie de la première promotion de MansA Lab avec Okinka, un média dédié aux musiques africaines et afro-descendantes. À travers ses contenus éditoriaux et ses événements, le projet explore la musique comme espace de mémoire, de représentation et de partage, tout en donnant davantage de visibilité aux scènes et aux artistes concernés.

À 28 ans, Daniela Da Fonseca Gomes Nazaré trace un sillon singulier dans le paysage musical français. Curatrice et journaliste, elle est à l’origine d’Okinka, un média dédié aux musiques africaines et afro descendantes, pensé depuis Bordeaux, loin des circuits habituels.

Née à Lisbonne et arrivée en France à l’adolescence, elle grandit entre plusieurs territoires et plusieurs cultures. Mais un fil ne rompt jamais : la musique. « Il y avait toujours du son à la maison », raconte-t-elle, évoquant les cérémonies, les mariages, les disques passés en famille. Héritée de ses parents originaires de Guinée-Bissau, cette culture musicale devient rapidement un point d’ancrage, puis un outil de compréhension. Comprendre les paroles, les instruments, les histoires : autant de manières de se situer.

Parmi ses références fondatrices, le groupe Super Mama Djombo, dont les compositions mêlent musique et engagement politique, ou encore Eneida Marta, figure majeure de la scène bissau-guinéenne. Des influences auxquelles s’ajoutent, en France, d’autres découvertes issues des diasporas : du zouglou ivoirien aux compilations de bikutsi camerounais, élargissant progressivement son horizon.

Lancé en 2023, Okinka naît de cette trajectoire. D’abord simple page Instagram, le projet devient rapidement un média à part entière : site éditorial, interviews vidéo, événements. « L’idée, c’était de relier musique, identité et communauté », résume-t-elle. À Bordeaux, où les artistes afro-descendants restent peu visibles, Okinka comble un vide. Séances d’écoute, DJ sets, rencontres : les événements attirent un public en quête de représentations et de partage.

Aujourd’hui porté par une équipe, le projet se structure peu à peu, avec l’ambition de rester indépendant, tant éditorialement que financièrement. À terme, Daniela Nazaré imagine un festival, des collaborations internationales, voire une plateforme audio. Une manière de continuer à faire circuler ces récits, au-delà des formats traditionnels.

Dans cette dynamique, elle rejoint le programme MansA Lab, un incubateur dédié aux entrepreneurs culturels. Une étape cohérente dans son parcours : « Ça permet d’avoir plus de connexions afro-centrées », explique-t-elle, mais aussi d’inscrire son projet dans un réseau plus large, entre ancrage local et ouverture internationale.

Car pour Daniela Nazaré, l’enjeu dépasse la musique. Il s’agit de rendre visibles des identités, souvent réduites à des catégories. « On ne parle pas seulement d’esthétiques, mais de personnes », insiste-t-elle. Une manière, aussi, de rappeler que ces musiques ne sont pas périphériques, mais pleinement contemporaines.