Shorty a fondé Loxymore pour documenter les musiques caribéennes et donner la parole aux artistes dont les histoires restent trop peu racontées. Du blog lancé en 2015 aux interviews vidéo et aux concerts, le média indépendant s’est progressivement développé comme un outil de mémoire et de transmission. Aujourd’hui incubé au sein de MansA Lab, Loxymore travaille à consolider son modèle et à créer de nouvelles passerelles entre les cultures caribéennes et africaines.
Par Selma Chougar
Publié le 5/03/2026
En Guadeloupe, Emmanuel Foucan a grandi entouré de musique. Le zouk des parents, le reggae, le jazz, puis le choc du rap français dans les années 1990. « C’était une énergie. On sentait que c’était possible d’en faire partie », se souvient celui que tout le monde appelle Shorty. Cette sensation — que la culture n’est pas seulement quelque chose que l’on consomme, mais que l’on peut aussi transmettre — ne le quittera plus.
En 2015, il lance Loxymore, seul, sous forme de blog. À l’époque, il veut simplement écrire sur les artistes caribéens avec le même sérieux que celui accordé au rap français. Très vite, le projet évolue. En 2019, il passe à la vidéo. Interviews longues, formats musicaux, captations : Loxymore devient un espace où les artistes peuvent raconter leurs trajectoires, souvent pour la première fois.
Car Shorty fait un constat simple. Les cultures caribéennes — du dancehall au bouyon, du rap créole au compas — circulent mais restent peu documentées. « Certains pionniers n’ont jamais été interviewés. Leur histoire risque de disparaître », dit-il. Loxymore devient alors un outil de mémoire.
Autour de Shorty, une équipe se forme : Chloé, Julien et Ludovic. Basés en Guadeloupe, ils produisent, montent, se déplacent régulièrement à Paris pour rencontrer les artistes installés dans l’Hexagone. En 2023 naît Loxymore On Stage, une série de concerts pensée comme un prolongement naturel du média. Mettre en lumière, mais aussi créer l’événement.
Peu à peu, leur travail est reconnu. Participation au jury des Flammes, collaborations avec des festivals comme Yardland, invitations à intervenir lors de conférences sur les musiques caribéennes. Une manière d’agir de l’intérieur, sans renier l’indépendance du projet. Car Loxymore reste autofinancé. Pas de subventions, peu d’accompagnement institutionnel. « Nos ambitions sont grandes, mais nos objectifs restent simples : être viables. »
Produire des documentaires, des livres, des expositions : les idées ne manquent pas. Les moyens, eux, se construisent patiemment. Derrière chaque interview, il y a une conviction : ces musiques racontent des circulations, des héritages, des résistances. Les documenter, c’est éviter qu’elles disparaissent dans l’oubli. C’est aussi affirmer qu’elles ne sont pas périphériques, mais centrales.
C’est dans cette logique que Loxymore a rejoint l’incubateur MansA Lab. Shorty y voit un accompagnement dont le projet avait besoin : apprendre à dialoguer avec les institutions et comprendre les mécanismes qui permettent aux médias culturels de changer d’échelle.
Au-delà de la structuration, l’enjeu est aussi géographique. Shorty souhaite créer davantage de ponts avec l’Afrique francophone. Pour lui, les liens entre les cultures caribéennes et africaines sont évidents, historiques, profonds. Reste à construire des espaces d’échange qui ne passent pas uniquement par Paris, mais par des connexions directes, choisies.