Avec Hypemada, Hobiana Rabiazamaholy porte un projet médiatique et associatif consacré à la culture malgache au sein de la diaspora. Accompagnée dans le cadre de la première promotion de MansA Lab, elle contribue à faire connaître cette culture, à créer des liens entre les communautés et à transmettre ses expressions contemporaines.
Par Selma Chougar
Publié le 26/12/2025
Quand elle arrive en France à 17 ans, Hobiana Rabiamaholy ne sait pas encore qu’elle deviendra réalisatrice et cofondatrice d’un média culturel qui relie Madagascar et sa diaspora. Originaire de la capitale malgashe, Antananarivo, elle est poussée comme beaucoup par un système scolaire et culturel qui présente l’occident comme unique horizon : « Je ne sentais pas que j’avais le choix », dit-elle. Alors, elle quitte son île dépourvue filière cinéma pour Bordeaux, convaincue que l’avenir passe par là.
En France, le décalage la frappe de plein fouet. L’isolement, la précarité étudiante, le racisme ordinaire, l’apprentissage brut du statut d’“étrangère” : « On ne nous prépare pas à ça », glisse-t-elle. Ce déracinement devient pourtant un levier. À Bordeaux, avec ses amis malgaches, un besoin commun émerge. Celui de créer un espace où la diaspora puisse respirer, se reconnaître, se raconter autrement que par l’Église ou le sport — les seuls lieux qui semblaient leurs être destinés. En 2018 naît Hypemada, association devenue média culturel, pont entre Madagascar et sa diaspora.
Hobiana poursuit ses études de cinéma, gravît stage par stage, jusqu’à Paris. Le Covid la bloque en France alors elle dépose un CV « à 3 heures du matin ». Très vite, elle est rappelée par Yard, et commence… avant même d’être officiellement embauchée. Elle y deviendra monteuse, puis réalisatrice — un titre qu’elle apprivoise encore. Le documentaire devient son langage : comprendre sa place, raconter celle des autres, explorer les récits diasporiques avec justesse et sensibilité.
Hypemada, au départ simple levée de fonds entre amis, change d’échelle. Soirées solidaires, transmission culturelle, zines pour documenter les manifestations de la jeunesse malgache, archives visuelles, réflexions politiques… Aujourd’hui, ils sont 34 bénévoles — créateurs, designers, producteurs — tous mus par le même désir : restaurer une fierté confisquée. « On a un pied ici et un pied là-bas. On veut que la vérité circule entre les deux.»
La force du projet tient aussi à sa diversité interne qui regroupe enfants de l’île et enfants de la diaspora : « On dit une communauté, mais il y a des communautés. On est quand même 18 ethnies sur l’île », souligne-t-elle. Hypemada devient alors moins une organisation qu’un refuge collectif, un lieu où l’on questionne la mode, la musique, les langues, les traumas coloniaux, les représentations — sans jamais prétendre parler au nom de tous.
Aujourd’hui, Hobiana cofonde, coordonne, accompagne. L’équipe construit un site média, prépare un magazine, organise des événements et tisse des liens entre générations. Soutenu par Mansa, Hypemada structure sa vision, son cadre légal, ses ambitions. L’objectif reste double : durer comme club culturel ouvert à tous, et — peut-être — devenir un média pérenne.
Son slogan, d’abord une blague, est devenu un manifeste : “Mada to the world.” Une manière de dire : notre histoire ne sera plus racontée sans nous.