À l’occasion de la parution en français de Notre Sœur Rabat-Joie, MansA consacre une rencontre à ce texte fondateur de la littérature féministe africaine. Entre satire, poésie et critique postcoloniale, Ama Ata Aidoo propose un regard incisif sur les rapports entre Afrique et Occident, à travers le parcours d’une jeune femme en quête de lucidité.
Sissie, une jeune étudiante dans le Ghana des premières années de l’indépendance, obtient une bourse de séjour en Europe. Le périple qui la mène de l’Allemagne à l’Angleterre lui démontre à quel point les rapports des Africaines et des Africains à l’Occident et à eux-mêmes restent modelés par la colonialité.
Dans cette œuvre incontournable de la littérature féministe africaine enfin traduite en français, tout est affaire de décentrement du regard et des repères. Ici, la décolonisée sceptique observe les anciens colonisateurs. Soigneusement tissé de prose et de vers libres, ce roman drôle et acerbe d’Ama Ata Aidoo nous ouvre les pensées d’une femme noire qui s’aventure au cœur de la blanchité.
Notre sœur rabat-joie est le premier roman de la femme de lettres ghanéenne Ama Ata Aidoo, initialement écrit en 1966 et publié en 1977 à Londres. Texte fondateur de l’expérimentation textuelle féminine et féministe sur le continent, ce roman s’impose comme incontournable par la force de son engagement féministe et anticolonialiste, allié à la puissance de son écriture. Cinquante ans après sa première publication, il garde toute sa fraîcheur et sa force initiale. Alors si Ama Ata Aidoo demeure encore largement méconnue dans le monde francophone, cette traduction entend y remédier.
Ama Ata Aidoo (1942-2023) est une autrice et dramaturge ghanéenne, dont l’œuvre abondante – romans, poésie, nouvelles, pièces de théâtre et essais – explore les défis post-coloniaux et la condition féminine africaine. Elle poursuit une longue carrière de professeure d’université (Ghana, Kenya, Zimbabwe, États-Unis) et lutte tout au long de sa vie pour l’accès à l’éducation et à l’écriture des femmes noires, à partir de son engagement politique et des organisations militantes qu’elle fonde.
INTERVENANTS
Mame-Fatou Niang – Professeure des universités en littérature française et directrice-fondatrice du Centre d’études noires européennes et atlantiques à l’université de Carnegie Mellon (Pittsburgh). Ses recherches portent sur les géographies noires, la noirité en France et l’institutionnalisation des études noires. Elle est également commissaire internationale du Festival littéraire de Rio de Janeiro et artiste en résidence aux Ateliers Médicis à Paris. Elle a coréalisé Mariannes Noires : Mosaïques Afropéennes (2015) et publié l’essai Universalisme (Anamosa, 2022).
Patricia Houéfa Grange – Poétesse, traductrice et artisane de la voix haute. Née à Cotonou, elle développe un travail ancré dans des héritages multiples entre le Bénin, le Cap-Vert et la France. Son œuvre explore les questions de multiculturalité, de transmission et de corporalité, avec une attention particulière portée aux expériences et luttes des femmes. Elle est co-traductrice de Notre Sœur Rabat-Joie.
Guillaume Cingal – Maître de conférences en littératures anglophones et postcoloniales, traduction et traductologie à l’Université de Tours. Spécialiste des littératures d’Afrique anglophone et des études postcoloniales, il est également traducteur d’essais historiques et critique littéraire. Il collabore régulièrement avec des revues et a participé aux Assises de la traduction littéraire. Il est co-traducteur de Notre Sœur Rabat-Joie.
Sacha Shiro (modération) – Membre de l’équipe éditoriale de Ròt-Bò-Krik, elle poursuit un master en Humanités/Littérature à la Sorbonne Nouvelle, spécialisé en études de genre, postcoloniales et subalternes.