Au sein de sa structure Shoowa, Lysiane Ngoye développe une société de production audiovisuelle indépendante consacrée aux récits des personnes noires et des mondes francophones. Incubée par MansA Lab dans le cadre de sa première promotion, elle travaille à faire passer des histoires encore peu représentées à l’écran, du regard journalistique à la production audiovisuelle.
Par Selma Chougar
Publié le 21/05/2026
Pendant des années, Lysiane Ngoye a observé les récits des autres. D’abord comme journaliste culturelle, plume discrète des médias musicaux de la fin des années 2000, puis comme programmatrice de festivals de cinéma, rédactrice en chef, productrice télé ou encore stratège dans la tech chez Meta. Aujourd’hui, toutes ces trajectoires convergent vers un même projet : Shoowa, une société de production audiovisuelle et cinéma dédiée aux récits noirs francophones.
« J’ai toujours su qu’à un moment donné je ferais des films », confie-t-elle. Mais plus qu’un simple désir de production, Shoowa naît d’une ambition plus vaste : reprendre la main sur les imaginaires. « Raconter, choisir, structurer, transmettre, puis produire : pour moi, tout ça fait partie du même axe. »
Le parcours de Lysiane Ngoye épouse celui des mutations médiatiques des vingt dernières années. Elle commence à écrire à une époque où les médias en ligne peinent encore à être considérés. Musique, cinéma, cultures afro-diasporiques : très tôt, ses centres d’intérêt dessinent déjà une cartographie précise. Chez elle, la musique n’est jamais seulement sonore ; elle est politique, sociale, historique.
Cette obsession des récits la mène ensuite vers la programmation du festival Black Movies Summer, où elle affine un regard curatorial autour des diasporas noires francophones, caribéennes, africaines ou sud-américaines. Puis vient la télévision, avant un détour décisif par la tech. Chez Meta, elle participe au lancement de Reels en France et découvre une autre grammaire : celle des données, des algorithmes, des stratégies de contenu pensées à grande échelle.
Loin d’un virage opportuniste, cette expérience nourrit directement Shoowa. « La production, ce n’est pas seulement de l’éditorial ou de l’artistique, c’est aussi un business », rappelle-t-elle. Comprendre les usages, penser des formats modulables, articuler regard humain et logique algorithmique : autant d’outils qu’elle réinjecte aujourd’hui dans sa société.
Mais le cœur du projet reste ailleurs : dans ce qu’elle appelle « les récits de l’entre-deux ». Des histoires encore peu racontées dans l’espace francophone, celles des enfants de la diaspora, coincés entre plusieurs géographies, plusieurs héritages, plusieurs langues parfois. « On a des récits sur l’Afrique, des récits sur l’Occident, mais très peu sur cet espace intermédiaire qu’on vit pourtant au quotidien. »
Shoowa développera d’abord des documentaires mêlant musique et identité. La fiction viendra plus tard. « Il y a encore trop de trous dans notre tissu narratif francophone », dit-elle. L’incubateur MansA accompagne aujourd’hui cette phase de construction. Pour Lysiane Ngoye, l’intérêt principal réside dans cet espace où la légitimité des récits afro-descendants n’a pas à être constamment justifiée. Un cadre qui lui permet autant de structurer son entreprise que d’assumer pleinement son ambition.