Incubé au sein de la première promotion de MansA Lab, Overbookées est un projet littéraire féministe et antiraciste porté par Déli. La plateforme cherche à rapprocher les autrices racisées de leurs publics et à faire circuler des récits afro-féministes, en donnant davantage de place à des voix encore insuffisamment représentées dans le paysage éditorial.
Par Selma Chougar
Publié le 11/12/2025
Déli ne se pensait pas destinée à la littérature. Elle le dit elle-même : « Je n’étais pas censée parler de livres avec des gens. Je devais faire du droit, de la diplomatie, tout ça. Mais ma vie m’a emmenée ailleurs. »
Ailleurs, c’est Overbookées, la plateforme littéraire qu’elle a fondée il y a cinq ans, devenue en quelques saisons un petit écosystème militant : un book club mensuel, un podcast, un festival, une association. Un échappatoire qui lui permet d’évoquer les thématiques qui lui sont chères comme l’afroféminisme et l’intersectionnalité des luttes.
Avec deux masters en droit international, Déli se tourne d’abord vers la diplomatie avant de bifurquer : « J’ai fini par comprendre que ce monde-là n’était pas le mien », confie-t-elle. Sa double identité, franco-gabonaise, l’a longtemps mise face à des angles morts : comment s’ancrer dans une société qui nie une partie de vous ? « Le féminisme de Simone de Beauvoir, c’est bien, mais ça ne parle pas de nos réalités. » À la place, elle se tourne vers les penseuses noires contemporaines : « Je ne suis pas une théoricienne, mais je sais aller chercher celles qui ont les mots. Et les mettre en lien », affirme-t-elle sans complaisance.
La littérature prend alors plus de place. Puis, le déclic apparaît, en plein confinement : « Sur Instagram, je voyais fleurir des pages féministes. J’avais l’intuition que quelque chose clochait dans le monde, mais je ne savais pas comment le nommer. Ces comptes m’ont aidée à mettre des mots sur mes malaises », avoue-t-elle. Déli se plonge dans les lectures féministes et antiracistes de bell hooks ou encore Jennifer Padjemi, dont le livre Féminisme et Pop Culture devient un point de bascule : « Après l’avoir lu, j’ai revu Grey’s Anatomy différemment. J’avais de nouveaux outils, une grille de lecture féministe. »
De ses lectures naît le besoin viscéral d’en parler. Alors elle crée un club de lecture, « un peu à l’arrache » pendant le confinement. Les premières séances se font sur Zoom. Quelques copines, deux ou trois inconnues rencontrées sur Instagram, puis des autrices invitées, comme Jennifer Padjemi. La formule prend : « Je me suis rendu compte que je ne voulais pas parler de littérature. Je voulais parler de féminisme et d’antiracisme. Le livre n’était qu’un support », avoue-t-elle.
Aujourd’hui, Overbookées s’est structuré autour d’un rendez-vous mensuel, offrant un espace de rencontre entre auteurs et autrices racisés, maisons engagées et amoureux du livre. L’initiative porte aussi le festival féministe et antiraciste Read & Shine, dont la troisième édition a réuni 1500 personnes à la Gaîté Lyrique : « Malgré le contexte politique anxiogène, nous l’avons fait. Continuons à faire circuler nos récits ! » Parmi les activités de la constellation Overbookées, l’incubateur MansA Lab doit l’aider à explorer les dynamiques du secteur littéraire, stabiliser le média et faire naître une structure rémunératrice.