Incubé au sein de MansA Lab, Moustapha « Moos » Coulibaly développe Les Griots, un studio qui associe direction artistique, production audiovisuelle et transmission. Son ambition : accompagner les personnes et les communautés dans la création de récits qui leur ressemblent, en leur donnant les moyens de raconter elles-mêmes leurs histoires.

Pour Moustapha Coulibaly, tout commence par le mouvement. Danseur, chorégraphe, réalisateur, photographe : l’artiste franco-sénégalais, né au Havre, construit un parcours autodidacte à la croisée des disciplines. « Je suis à l’intersection du mouvement, de l’image et du storytelling », résume-t-il. La danse, qu’il découvre à vingt ans, agit comme un déclic et ouvre progressivement la voie à un travail plus large autour de l’image et de la narration.

Un premier voyage seul au Sénégal marque un tournant. Moos, de son nom d’artiste, y trouve un fil conducteur entre ses pratiques artistiques et ses questionnements identitaires. C’est dans ce contexte qu’émerge l’idée des Griots, un projet d’abord conçu comme une plateforme artistique pour explorer les cultures africaines et diasporiques.

Au départ, l’initiative prend la forme de portraits visuels et de vidéos mêlant création contemporaine et mémoire familiale. Dans certaines séries, la voix d’une mère ou d’une grand-mère accompagne l’image, créant un dialogue entre générations. « Je voulais célébrer ces cultures sans forcément passer par des récits lourds liés à l’histoire coloniale », explique l’artiste.

En 2021, le projet se structure en société. Les Griots devient alors un studio créatif qui combine plusieurs activités. D’un côté, une agence où Moos propose direction artistique, réalisation et travail chorégraphique pour des artistes et des marques. Il collabore notamment avec le rappeur Rilès, dont il est aujourd’hui co-chorégraphe sur les performances live, et a également réalisé des projets pour Médine ou Vacra en tant que directeur artistique.

Un second volet se concentre sur la production de formats originaux — portraits, documentaires ou fictions — pensés pour explorer les récits afro-diasporiques. Enfin, un pôle formation transmet aux créatifs et entrepreneurs des outils de narration contemporains : stratégie de contenu, storytelling de marque ou création vidéo avec un smartphone.

Le nom du projet renvoie aux griots d’Afrique de l’Ouest, gardiens traditionnels de la mémoire. Mais ici, l’image est détournée. « Les Griots, ce n’est pas moi qui raconte : ce sont les autres qui se racontent à travers le projet. »

Pour structurer cette vision, Moustapha Coulibaly a récemment rejoint le programme Mansalab. Il y voit une étape pour stabiliser un projet encore largement porté seul. « J’avais une idée claire de ce que je voulais faire, mais j’avais besoin d’un cadre pour aller droit au but. »

Car derrière ses trois activités — agence, production et formation — l’ambition reste la même : faire circuler de nouveaux imaginaires. Ou, comme le dirait un griot moderne, raconter autrement les histoires qui restent encore à écrire.