Bien avant les migrations contemporaines, la présence africaine en Europe s’inscrit dans une histoire longue, documentée dès l’Antiquité. À l’occasion du premier Petit-déjeuner de la Recherche de MansA, organisé le 5 février 2026, Elgas en propose une traversée historique, s’appuyant notamment sur les travaux de Dieudonné Gnammankou, pour interroger la pluralité des diasporas africaines, leurs mutations et les enjeux politiques et identitaires qui les traversent aujourd’hui.

Ce propos fait un tableau, depuis l’antiquité et sur la base des travaux d’historiens, de la présence africaine et noire en Europe. De la Grèce antique à la période contemporaine, l’exploration des flux montre chez les philosophes (Hérodote, Homère…) mais aussi via des pièces d’arts et de représentations diverses, des soldats, papes, savants venus d’Afrique. A cette séquence première succèdent des flux pluriels :  liés à la conquête arabe de la péninsule arabique, la traite transsaharienne, et celle transatlantique. Les « diasporas » (le pluriel semble de rigueur) qui se forment alors prennent source dans la diversité de ces mouvements et de leur coloration au fil du temps.

Sur la base des travaux de l’historien Béninois Dieudonné Gnammankou reçu dans Afrique, mémoires d’un continent, l’exposé s’est structuré en quatre points. Une chronologie d’abord de cette présence africaine, les profils, la géographie et les destinées. Ensuite s’est ouverte une séquence sur la conquête arabo-musulmane de l’Espagne du Sud et la traite transatlantique. Ces deux indicateurs, marqueurs évènementiels et chronologiques, ont permis de poser les balises d’une présence très ancienne, multiforme, loin de la seule affiliation aux seules traites et surtout celle transatlantique comme explication essentialiste de la présence noire en Europe. Cela posé, l’esclavage est bien sûr une séquence importante de cette présence et a été abordé. La notion de « diaspora » a été mise en débat, mise en miroir avec les diasporas juive et chinoise, et la migration africaine à partir des années 50 a permis de clore ce tableau des évolutions majeures du profil démographique des populations africaines en Europe. La discussion a aussi exploré les enjeux liés à la production de ressources sur cette histoire, la place des chercheurs, le rôle de MansA dans cette diffusion, et la perception des diasporas depuis l’Afrique. Un tableau naturellement loin d’être exhaustif.

Les Diasporas africaines en Europe viennent ainsi de loin, les enjeux globaux de leur intégration ont beaucoup évolué. Des cadres législatifs tour à tour racistes et restrictifs, avant la dynamique des abolitions et de leurs survivances, jusqu’aux questionnements sur l’appartenance à des récits nationaux, dans divers pays d’Europe, les afro-descendants se confrontent à des contextes souvent hostiles cependant toujours apprivoisés, changés, au bout de luttes multiples. Il en est ainsi, en guise d’exemple, des enjeux d’enseignement du fait colonial en France. Après le temps peu glorieux des manuels monolithiques comme le Malet et Isaac, il est intéressant d’observer comment les années 70 et leur vent libérateur ont impulsé une dynamique qu’une transformation plus substantielle viendra conforter avec des moments charnières comme 1983, La marche pour l’égalité, ou encore les Révoltes sociales de 2005. Signe que le conjoncturel chemine avec le structurel ; que l’école peut se faire l’écho des débats intenses qui agitent la société et le champ politique.

Elgas a animé le premier petit déjeuner de la recherche de MansA. © Mariette Kouamé

Les chantiers restent donc nombreux. Les diasporas doivent affronter un problème consubstantiel au déplacement, au départ, à la dispersion : celui du malaise identitaire, l’inconfort des entre deux. A fois richesse et fardeau, cette donnée fait des diasporas africaines en Europe, le véhicule de richesses diverses, précieuses pour le continent d’origine mais aussi l’objet d’une méfiance, voire une défiance, lesquelles qui se superposent à un contexte de droitisation dans leur pays de naissance, et de fait leur pays tout court, où l’évidence de leur appartenance n’est pas toujours acquise.